La télévision va-t-elle connecter les communautés ? Que ce soient les constructeurs ou les chaînes de télé, les producteurs de contenus ou les grandes entreprises technologiques, tous veulent rendre notre bon vieux poste plus interactif et complémentaire aux 2e et 3e écrans que sont devenus les smartphones et autres tablettes.
Depuis le 17 avril dernier France 5 expérimente le principe avec son émission quotidienne « C dans l’air ». La chaîne propose ainsi au téléspectateur d’accéder, via sa télécommande, à du contenu supplémentaire et de s’inviter dans le débat en postant questions et commentaires en direct. L’occasion de voir, lors de ce nouveau CFPJ Lab, si l’écosystème technique est aujourd’hui suffisamment mature pour connecter les communautés via notre écran télé.
Découvrez les temps forts de la matinée en vidéo :
La fin de la passivité devant le petit écran
L’objectif de cette télévision connectée à internet est de permettre d’accéder à de nouveaux services et également d’interagir avec des contenus et des communautés. Plusieurs manières de se connecter : via la box de son fournisseur d’accès internet, via sa console de jeu (comme la PlayStation 3 ou la Xbox 360) et désormais via les téléviseurs eux-mêmes équipés directement par les fabricants. Ces derniers ont ainsi développé en marque propre leurs magasins d’applications, sur le modèle des smartphones.
Selon Laurent Amar, rédacteur en chef du site la-television-connectee.fr, 20% des téléviseurs vendus en 2011 étaient connectables à internet, soit environ 175 000 postes. Sur ces 20%, seul un tiers était connecté fin 2011, soit environ 60 000 écrans. A titre de comparaison, 38% des foyers américains connectent leurs téléviseurs à internet selon une étude du cabinet américain Leichtmann. Pour 2012, le Simavelec (le syndicat des industries de matériels audiovisuels électroniques) table sur 40% de télévisions connectables vendues et une progression rapide du taux de terminaux réellement connectés en France. A l’heure d’aujourd’hui, 10 millions de foyers français relient leur télé à internet par les différents moyens précédemment énumérés.
Les usages les plus répandus de cette télévision connectée concernent essentiellement les services de météo, de cours de la bourse, de vidéos à la demande (VOD ou VAD) et de télévision de rattrapage.
Un modèle et des usages à inventer
A ce jour le modèle économique de la télé connectée est très cadré et repose sur 4 éléments majeurs : les applications payantes ou non en téléchargement, la vidéo à la demande, la télévision de rattrapage et le « T commerce » (qui désigne la publicité interactive) qui devrait rapidement se développer. Son objectif : transformer un acte de visionnage en acte d’achat directement en regardant la publicité.
Pour Laurent Amar, l’échange et le partage sont la pierre angulaire de ce que certains acteurs nomment la « social tv » plutôt que la télévision connectée. Il imagine ainsi les supporters d’un club de football qui pourraient commenter le match pendant sa diffusion, directement via leur télé. C’est donc aux chaînes de télévision de proposer des applications ergonomiques pour développer ces usages. Ce sont ces mêmes chaînes qui doivent élargir leurs capacités de ressources financières, en capitalisant notamment sur les vidéos à la demande et de rattrapage. Les « TVnautes » doivent quant à eux devenir les seuls décideurs de ce qu’ils regardent, via la multitude de choix qui s’offrent à eux.
Face à cet environnement encore en construction, Laurent Amar pense que les chaînes de télé et les utilisateurs ne sont pas encore prêts à faire émerger en 2012 une télé favorisant réellement l’interaction avec et entre les communautés. Il va donc falloir mettre au point des applis qui donneront envie aux utilisateurs de franchir le cap. L’influence grandissante des réseaux sociaux dans les programmes de télévision va également contribuer à populariser ces usages naissants.
France 5 et « C dans l’air » expérimentent la tv connectée
Mathieu Dubreu, solution manager smart tv pour Atos Worldline, a notamment œuvré au développement du service interactif de la chaîne France 5. L’opération a été lancée en septembre 2011, pour éclore à l’antenne le 17 avril 2012.
France Télévisions souhaitait enrichir les interactions avec ses spectateurs, en complétant le dispositif existant (SMS, Web et Twitter). L’idée était donc de proposer un service accessible directement depuis sa télévision connectée. Atos Worldline a géré la partie technique, design et ergonomie, pour proposer une appli la plus accessible et la plus intuitive possible depuis une télécommande. Cette appli a été développée pour la norme HbbTV, un standard élaboré par les principales chaînes de télévision européennes en collaboration avec des constructeurs de télévisions. Il faut donc disposer d’une télévision connectable, compatible HbbTV, et regarder le programme via la TNT pour pouvoir utiliser le service interactif de « C dans l’air ».
Voir la présentation du dispositif interactif par Yves Calvi :
Concrètement le téléspectateur à juste à appuyer sur le bouton OK de sa télécommande pour accéder aux services additionnels et à différentes fonctionnalités : répondre à un sondage, poser des questions aux invités, consulter le thème du jour et ses éléments de contexte ou encore revoir les émissions précédentes. L’objectif est de garder le téléspectateur devant l’émission sans faire appel à un écran tiers pour interagir, d’où le développement d’un clavier intégré.
Côté coulisses, un nouveau pupitre dédié a fait son apparition en régie : deux boutons permettent ainsi de notifier au téléspectateur qu’il peut répondre au sondage ou qu’il peut poser une question, et cela en fonction de ce qui se passe en plateau.
Sur les développements à venir, France Télévisions souhaite capitaliser sur l’expérience acquise pour la décliner sur d’autres formats d’émissions et s’appuyer sur les usages second écran pour enrichir les interactions avec la télévision. L’idée est également d’exploiter les usages « social tv » pour mieux qualifier les modes de consommation de la télé.
Viewrz, la start-up qui veut partager les meilleurs moments de télé
Selon Guillaume Rivals, l’un des cofondateurs de Viewrz, « les gens ne veulent plus seulement parler de ce qu’ils voient, ils veulent le montrer ! ». L’équipe de la saison 2 du Camping a donc développé un programme permettant de capturer les meilleurs instants d’une vidéo pour la partager instantanément sur son site ou sur les réseaux sociaux. Le potentiel de recommandation de ces réseaux sociaux est également un facteur non négligeable pour augmenter la viralité de ce type de contenus.
Se pose néanmoins le problème du droit à l’image dans la capture de ces petits moments de vidéo. Comment cadrer des contenus qui se baladent de plus en plus d’un écran à l’autre ? Le cadre législatif doit donc évoluer en conséquence. A ce jour il n’est pas véritablement possible dans ces conditions d’éditorialiser ce type de contenus hors de son contexte d’origine. Cela représente évidemment un frein important pour les utilisateurs et les diffuseurs qui se heurtent à des contenus non partageables.
Le modèle économique actuel de Viewrz repose sur le sponsoring : le client diffuseur de contenu intègre la solution directement chez lui. Mais l’équipe souhaite rapidement ouvrir sa solution au grand public pour permettre au plus grand nombre de partager les meilleurs extraits vidéo et faire tomber les barrières des différents écrans.
La « social tv » n’émergera donc pas véritablement en 2012. Le cadre législatif devra encore se préciser et les différents standards s’unifier afin de proposer une expérience toujours plus riche aux téléspectateurs. Nul doute que les réseaux sociaux joueront un rôle important dans la construction de ce nouvel écosystème télévisuel.
Pour aller plus loin :
Voir la présentation de Mathieu Dubreu sur le développement de l’application HbbTV pour France 5
Voir les interviews de Laurent Amar, Mathieu Dubreu et Guillaume Rivals









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